La cabine d’essayage est la métaphore d’un espace étriqué du mental. Un endroit de l’activité compulsive dans lequel les pensées s’habillent et se déshabillent à la vitesse d’un défilé vestimentaire. C’est aussi l’espace de la peur dans lequel on résiste à découvrir ses tourments dans son obscurité. 

 

Il s’agit d’un voyage intérieur, dans les méandres de l’esprit d’une femme en proie aux questionnements : Porter son «Pare-Être» ou Être ? Le poids du regard de l’autre ? Dépasser les représentations pour se connecter à soi ? À quel moment est-on vraiment soi ? A qui et quand nous révélons-nous ? En quoi le vêtement est-il notre masque social ? Quel vêtement correspond le mieux à l’image de soi dans l’instant ? L’image de soi est-ce le Soi authentique ou juste une histoire que se raconte notre ego pour jouer le jeu du moi social ? 

 

Cheminement complexe entre le désir d’être soi ou correspondre à la personnalité qu’on lui accorde ; ambivalence entre le confort de jouer des rôles et vivre dans la lumière de l’autre ou aller à sa propre rencontre et accueillir son obscurité afin de retrouver sa propre lumière. 

 

 

 

 

 

« La cabine d’essayage est cet espace intime, dans lequel je me dévêts à l’abri du regard de l’autre. Elle m’évoque cette étroite boîte dans laquelle l’activité frénétique de mon esprit s’enclenche. Mes pensées m’envahissent et se disputent sans interruption. Les idées affluent constamment, s’essayent, changent puis semblent s’accorder. Cela provient clairement de mes peurs dont la principale est celle d’être...moi. Alors, je sublime celle que je désire être ou que l’autre désire que je sois. 

 

J’enfile mon “costume social” que je nomme ici, le “Pare-être” composé de ma tenue vestimentaire et de mon mode de pensée adapté. Tel Narcisse, j’observe mon reflet dans le miroir avant d’être en représentation. Je pourrais presque admirer celle que je façonne. Par confort, je m’adapte et m’identifie à ce « Moi » conditionné par l’extérieur. Me voilà prête à jouer mon propre théâtre.

 

Mais s’agit-il vraiment de moi ? L’image de la cabine d’essayage représente ma maison intérieure, le lieu de mes choix et de mes doutes. Mais elle demeure surtout l’espace dans lequel je retrouve les profondeurs de mon Être si tant est que j’aie le courage d’enlever les couches de « Moi » conditionnées qui me collent à la peau. Je parviens donc parfois à des moments de calme intérieur, même s’il est vrai que cela ne dure qu’un temps, mon esprit étant bien trop bavard. Ce thème que je désire aborder résulte de mon observation concernant le poids du regard de l’autre et des conséquences énergivores que cela engendre dès lors que je me nie moi-même et tente de correspondre à l’image sociale. 

 

 

Entre l’énergie de vie qui m’a toujours portée malgré les aléas de la vie, j’incarne l’ambivalence de la force et de la colère mais surtout de la sensibilité. Il y a probablement une corrélation entre celle que je suis (ou pense être) et ma passion pour les danses vives et ancrées telles que le popping et la danse africaine. Je vibre au rythme des sons percutants. Mais à certains moments, je laisse advenir ce qui vient, ma gestuelle est plus légère, plus aérienne. Mon mouvement se développe hors des codes et accueille l’état de l’instant. Toutes ces énergies réunies liées à mon point de vue seront développées dans cette création.» 

Chorégraphie & Interprètation : Jessica Noita

Musique : Franck 2 Louise
Costume : Isabelle Joly
Lumière : Ydir Acef
Regard extérieur : Muriel Henry
Avec l’aide précieuse de Francois Lamargot, Ibrahima Sissoko, Olivier Lefrançois, Assan Beyeck Rifoe & Alexandra Réa